Des essais sur la fierté coloniale et esclavagiste ont envahi les librairies, les bibliothèques, les médiathèques, les classes des écoles maternelles de France. Les Conversos, les Fatimides et leurs baudets de service prospèrent sur les charniers de leurs ctimes noires et nègres. Dominique Lecourt avait largement scruté, dans Les piètres penseurs, la médiocrité des répétiteurs. Daniel Lindenberg[1] a établi la liste pratiquement exhaustive de ces intellectuels spécialistes de la connotation intolérante dont les cocardiers et promoteurs affichés seraient Alain Besançon et Pierre Manent. Ils « purifieraient » la « Terre catholique » en diabolisant les « diversités visibles » comme le fit naguère l’Allemagne fasciste en Europe continentale ! Rome et Athènes nous avaient légué en héritage philosophique et sophiste la démocratie de la violence haineuse enseignée dans les Consulats, dans les Tribunats, dans les Dictatures des Vandales, des Barbares, et des Suiveurs illuminés de Paul ! Le Sénat des catilinaires inclémentes et mortifères, voilà l’honorable ancêtre du Conseil de sécurité des Résolutions racistes et belliqueuses. Comme Athènes dans le Péloponnèse et l’impériale Rome dans le Royaume de Jérusalem, Tel-Aviv et Bruxelles nettoient, à l’uranium appauvri des Tomahawk, l’Asie mineure et la ceinture orientale du Caucase islamique !

 

J’avoue mon incapacité à comprendre les penseurs autoproclamés de France et d’Europe. Ils n’ont toujours pas tiré les leçons de leur propre histoire chaotique ! Ils occupent le Sénat mondial par le Veto. Ils sont donneurs de leçons ! Leçons de liberté ! Leçons de démocratie ! Leçons de droits de l’homme ! Pourtant, partout et par leur fait, c’est l’horizon perdu des fosses communes ! Gaza ! Rwanda ! Somalie ! Trois territoires, trois peuples détruits par le Veto et par le Coup d’Etat françafricain.

 

Tout cela m’a poussé à m’interroger sur le sens de ma vie, de la vie tout court. Je suis arrivé à la conclusion épouvantable que la vie est un effroyable et inutile accident de l’univers. Et les images atroces ont défilé dans mon esprit et le constat désabusé du sage m’a sorti de mes rêveries d’un monde meilleur. Il faut vivre et accomplir son destin selon l’énoncé sémantique des formes élémentaires de la vie religieuse. L’homme serait, selon la sociologie de Durkheim, « une nature religieuse ». Fatalisme rationnel ! Alchimie ! Et pourtant rien, sous le soleil de Septimanie, ne se crée ni ne se perd, tout est dans tout. Comprenne qui pourra mon idéal fondateur et explicatif de la civilisation ! L’homme n’est rien mais il quand même quelque chose ! C’est ce que Dadis Camara[2] a entrepris d’enseigner aux Guinéens ! Y réussira-t-il ?

 

On était au début de la saison estivale et les ventes n’étaient pas encore significatives. Les enfants creusaient partout des trous, créaient des châteaux de sable avec leurs parents rouges comme des lézards, gris comme des caïmans, écaillés comme des crocodiles, brunâtres comme des iguanes, comme tous ces reptiles carnivores qui se prélassent de paresse au soleil en attendant l’opacité de la nuit pour se livrer à leurs orgies sanguinolentes. Les reptiliens catho-laïcs, quant à eux, ils raffolaient de glaces à l’eau, de glaces au chocolat praliné et accessoirement d’eau minérale. Apparence de tableau idyllique tout ça ! Les nuages de sable donnaient, de temps à temps, un décor surréaliste de rallye du Dakar dans le Ténéré. Le sable s’invitait au soleil du Grand Travers, dans le Golfe du Lion. A chaque rafale du mistral, les marchands de glaces couvraient leurs chouchous et leurs beignets. Et nous aussi, vendeurs occasionnels ! Les charrettes des marchands de glaces reproduisaient l’exubérance festive du Midi.  Plat de sa beauté azuréenne ! Chaudement mouvementé aux sifflements mistraliens ! La plage du Grand Travers était un monde à part dans ce monde d’été !!!

 

La journée avait été difficile. Il fallait se ressourcer. J’étais assis à une petite table au couvert rouge dans un célèbre restaurant héraultais. Je terminais mon repas. Je pensais à ce que je ferais le lendemain sur la plage. Me lever très tôt, acheter du pain, de la salade verte et fabriquer une bonne vingtaine de sandwichs que je vendrais à la sauvette ! Comme les marchands de glaces ! Période fertile en imagination dira-t-on ! C’est dans ce moment de cogitation intense sur les « conditions de vente de sandwichs » que m’est venue l’idée d’écrire un essai poétique sur notre monde épouvanté aux prisons secrètes, terrorisé aux camps de concentration dont Guantanamo est l’illustration visible ! Je me souviens encore des circonstances comme si c’était hier ! C’est donc à une table quelconque, dans un restaurant atypique que j’ai réalisé, pour la première fois, la terrifiante fausseté de notre époque dominée par la civilisation albo-européenne ? Frantz Fanon avait averti en enseignant que « l’individu est son propre fondement ». J’en mesurais la vérité fondamentale, la véracité naturelle. Nous sommes individuellement libre, seul et solitaire au milieu de flots d’humains libres, seuls et solitaires. La télévision ne ressassait-il pas tout et son contraire comme le roman pétrifié et pétrifiant de Chamoiseau. La sécurité des biens et des personnes, la sécurité nucléaire, la sécurité alimentaire, la sécurité des intérêts de l’Occident, la sécurité de la paix, la sécurité du maintien du niveau de vie des Européens constituent l’essentiel de la pétrification des mœurs politiques contemporaines. Le mot d’ordre venu d’outre atlantique était explicite. Il incitait à porter partout le glaive catho-laïc pour assurer la victoire des valeurs des Européens, de leur raison, de leur liberté, de leur accès à l’or noir et à toutes les richesses de la terre, quitte à exterminer, ici et là, les minorités insignifiantes noires, arabes, et autres, comme ils l’avaient fait en Amérique, ce nouveau monde qui leur a été donné par dieu, par leur dieu et ses serviteurs. Moïse ne leur avait-il pas légué, en héritage, le Décalogue infaillible ? Quant à Jésus, il avait méthodiquement établi les Evangiles, le commentaire exhaustif des Tables de la Loi. La tragédie de septembre les avait secoués et, avait porté un coup à leurs certitudes. Le Décalogue, les Evangiles, la Tables des Lois n’étaient aussi infaillibles ! Il fallait se réveiller et réveiller à l’autocritique, à la critique de ce qui avait disjoncté dans leur système de pensée, dans leur organisation sociale et culturelle, dans les rapports qu’ils entretenaient avec les autres. A la « question barbare » de leurs concurrents, ils ont revendiqué et promu la brutalité de la réponse barbare. Ils avaient oublié le dialogue démocratique, le pardon libérateur, la tolérance, l’humanisme de la kabbale, la  fraternité universelle !

 

Cette idée de faire quelque chose sommeillait en moi. Je cohabitais avec elle. Une vue vaine ! Un projet étrange ! Les puissants de notre planète n’avaient-ils pas édicté ce qui devait être notre bonheur ? N’affirmaient-ils pas leur fierté d’être génocidaires pour notre liberté, pour notre quiétude ! Et partout, ils ont porté l’épée guerrière, le sabre vengeur. Ils massacraient enfants, femmes, vieillards, handicapés un peu partout : en Afrique noire et ailleurs. On était fier par la célébration et la promotion du génocide. C’était grotesque ! Mais en même temps cette « pensée magique » pour ne pas dire tragique était la vérité de notre temps. Cette façon de penser les relations humaines s’était imposée comme l’unique aune de vérité du monde !

 

Je n’arrivais plus à me défaire de cette idée qui devenait fixe en moi. Elle me suivait partout, elle me poursuivait, faisait corps avec moi comme mon ombre, elle m’enserrait. Je ne pouvais plus penser, je ne pouvais plus rêver comme autrefois sans subir le cauchemar d’une telle idée effroyable. Je n’étais que par elle et pour elle. Alors j’ai décidé de la déposer ici dans le grand livre du monde comme ma trace dans ce testament universel. Pour m’en débarrasser, pour souffler, vivre à peu près correctement comme tout le monde, être comme tout le monde, penser comme tout le monde, palabrer comme tout le monde sans avoir à retenir mes mots, sans avoir à taire ma conviction lorsque le débat se pose avec empressement dans les cercles littéraires les plus cultes de France et de l’Hérault. Je voulais être libre de penser librement, je ne voulais plus m’autocensurer. Je ne voulais plus que les miens soient l’objet de propos grossiers. Je voulais penser clairement contre ces penseurs de la fierté arrogante et criminelle.

 

Non, la Bulle pontificale, la Fatwa du Mollah, le Veto et la Résolution ne peuvent pas être un corpus doctrinal universel pour la Liberté fondamentale, pour la Palabre naturelle et le Respect de la vie. Ils en sont la négation ! Ils sont le bouclier protecteur du cardinal juif, des conversos et des catho-laïcs.  Le Génocide des Noirs, voilà la vérité qui fait trembler le monde des Leucodermes  !

 

Lettê na Lettê

27 décembre 2009



[1] Daniel Lindenberg, 2002, Le rappel à l’ordre Enquête sur les nouveaux réactionnaires, éd. Seuil / La République des idées

[2] « Où est Samory Touré ? Où est Sékou Touré ? Où est Lassana Conté ? etc… » Prestigieuse mais aussi douteuse évocation de noms ! Ils furent, à leur époque,  tristement célèbres par l’effroyable terreur suscitée ! Ils furent aussi d’authentiques moments de liesse populaire grandiose ! « Où sont-ils ? » Cette question fait sens et tombe sous le coup de toutes les foudres idéologiques et obscures ! Ces noms-là existent  ou n’existent pas par notre atavisme de la Mémoire, parfois amnésique  et/ou sélective !